gloire


gloire

gloire [ glwar ] n. f.
• 1080; glorie v. 1050; lat. gloria
I
1Grande renommée répandue dans un très vaste public, et tenant à des mérites, des actions ou des œuvres jugés remarquables. célébrité, éclat, honneur, illustration, 2. lustre, renom, renommée, réputation . Amour de la gloire. ambition. Être avide de gloire. Se couvrir, être couvert de gloire. célèbre, glorieux. Être au sommet de la gloire, de sa gloire. Faire qqch. pour la gloire, gratuitement, sans autre dédommagement que le prestige qu'on en tire. « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (P. Corneille). « La gloire est le soleil des morts » (Balzac). La gloire des grands hommes, des héros, des conquérants. laurier. Célébrer, vanter la gloire de qqn. glorifier. Transmettre sa gloire à la postérité. nom, renom . Loc. Faire la gloire de qqn, de qqch., contribuer à sa renommée. L'art antique a fait la gloire de la Grèce.
Personnification de cette renommée.
Dire, publier qqch. à la gloire de qqn, pour contribuer à sa célébrité, à son honneur. Poème à la gloire de. éloge.
2Ce qui est source de célébrité, suscite l'admiration. Ce livre est sa seule gloire. succès. « Le jour de gloire est arrivé » (La Marseillaise). Les chevaux de course « sont la gloire de la race chevaline » (Maupassant). orgueil. Cette mode eut son heure de gloire. Iron. Ce n'est pas la gloire : c'est mauvais.
3La gloire de : honneur acquis par (une action, un mérite). S'attribuer toute la gloire d'une réussite. mérite. « c'est le bonheur de vivre Qui fait la gloire de mourir » (Hugo). Loc. Se faire gloire, tirer gloire de qqch., s'en vanter, en tirer orgueil, fierté. « la légendaire muflerie dont il se fera gloire » (Aymé). Je n'en tire aucune gloire.
4Par ext. Personne célèbre. célébrité. Il fut une des gloires de son pays, de son temps. « Ton avenir, qui veut faire oublier tant de gloires présentes » (Sand). Une gloire consacrée, une fausse gloire.
II
1Vx ou littér. Éclat prestigieux dont la grandeur (d'une collectivité, d'une époque...) est environnée. éclat, 2. lustre, prestige, rayonnement, splendeur. La gloire de Carthage, de Rome. Nostalgie de la gloire passée.
2Relig. Splendeur des manifestations divines. La gloire de Dieu. majesté. Trône de gloire.
3Loc. RENDRE GLOIRE, hommage (à la divinité). Rendre gloire à Dieu. Ellipt Gloire à Dieu. gloria.
Hommage de respect, d'admiration. « Gloire à notre France éternelle » (Hugo). Loc. Rendre gloire à qqn, qqch., témoigner de ses mérites, de sa valeur. ⇒ hommage, témoignage.
4Théol. La béatitude des élus. Élévation à la gloire éternelle. glorification, sainteté. Le séjour de gloire, la ville de gloire : le paradis.
5(XVIIIe) Arts Auréole enveloppant tout le corps du Christ (différent du nimbe). Christ en gloire, au tympan d'une église. Représentation picturale du ciel, avec des anges et des saints. La « Gloire de Venise », du Tintoret. Faisceau de rayons divergents d'un triangle représentant la Trinité (style jésuite).
Fig. et littér. auréole, nimbe . « Nous voyons le troupeau s'avancer dans une gloire de poussière » (A. Daudet).
⊗ CONTR. Déshonneur, 2. flétrissure, honte, humiliation, ignominie, infamie, obscurité, opprobre, turpitude.

gloire nom féminin (latin gloria) Renommée éclatante, célébrité, grand prestige dont jouit quelqu'un dans l'esprit d'un grand nombre de personnes : Un artiste au sommet de sa gloire. Ce qui constitue l'occasion d'une légitime fierté, d'un orgueil justifié, ce qui suscite l'admiration : Cette découverte est sa plus grande gloire. Personne illustre qui marque son époque, son pays, le groupe auquel elle appartient : Ce poète est la gloire de son temps. Littéraire. Splendeur, éclat de quelque chose : La gloire d'un ciel ensoleillé. Beaux-arts Figuration d'une auréole lumineuse enveloppant tout le corps du Christ. (Le nimbe entoure la tête seule.) Faisceau de rayons dorés, parfois entremêlés de têtes ailées de chérubins, groupés soit autour du triangle symbolisant la Trinité, soit autour d'un ovale entourant la colombe du Saint-Esprit ou l'image d'un saint. En peinture, ciel peuplé d'anges et de saints décorant une coupole. Météorologie Phénomène optique constitué d'un ou de plusieurs anneaux colorés que l'on observe parfois sur un nuage ou sur du brouillard. Théâtre et Chorégraphie Dans l'ancienne décoration, nacelle entourée de nuages et servant aux apparitions célestes. Théologie Manifestation de la majesté, de la toute-puissance et de la sainteté de Dieu, qui se reflètent aussi dans sa création. ● gloire (citations) nom féminin (latin gloria) Anonyme Celui qui poursuit la vaine gloire court après sa perte et sa honte. Qui vainne gloire quiert et chace Sa perte et sa honte pourchace. Isopet de Lyon, De Renard et du Corbeau Commentaire Le terme d'isopet, dérivé du nom d'Ésope, désigne un recueil d'apologues et de fables, de toute provenance. Honoré de Balzac Tours 1799-Paris 1850 La gloire est le soleil des morts. La Recherche de l'absolu Jules Amédée Barbey d'Aurevilly Saint-Sauveur-le-Vicomte 1808-Paris 1889 L'avantage de la gloire — avoir un nom trimbalé par la bouche des sots ! Disjecta membra Marie Bashkirtseff Gavrontsy, près de Poltava, 1860-Paris 1884 Mais si je ne suis rien, si je ne dois rien être, pourquoi ces rêves de gloire depuis que je pense ? Journal, 25 juin 1884 Fasquelle Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux Paris 1636-Paris 1711 Travaillez pour la gloire, et qu'un sordide gain Ne soit jamais l'objet d'un illustre écrivain. L'Art poétique Jacques Bénigne Bossuet Dijon 1627-Paris 1704 […] Dans les grandes actions il faut uniquement songer à bien faire, et laisser venir la gloire après la vertu. Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé Anonyme « Ne plaise à Dieu ni à ses très saints anges que par moi la France perde sa gloire. Plutôt la mort que la honte. » « Ne placet Damnedeu ne ses angles que ja pur mei perdet sa valur France ! Melz vœill murir que huntage me venget. » Chanson de Roland Commentaire Dit par Roland à Roncevaux. Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Le Cid, II, 2, le comte Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Ta vertu met ta gloire au-dessus de ton crime. Horace, V, 3, Tulle René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 Je crains plus la réputation que je ne la désire, estimant qu'elle diminue toujours en quelque façon la liberté et le loisir de ceux qui l'acquièrent. Correspondance, à Mersenne, 15 avril 1630 Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 La gloire se donne seulement à ceux qui l'ont toujours rêvée. Vers l'armée de métier Plon Marie Jean Hérault de Séchelles Paris 1759-Paris 1794 Qui veut la gloire passionnément, finit par l'obtenir, ou du moins en approche de bien près. Mais il faut vouloir, et non pas une fois ; il faut vouloir à tous les instants. Voyage à Montbard, Visite à Buffon Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Mangez, moi je préfère, Probité, ton pain sec. […] Mangez, moi je préfère, Ô gloire, ton pain bis. […] Mangez, moi je préfère, Ton pain noir, liberté ! Les Châtiments, Chanson, I, 10 Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 La popularité ? C'est la gloire en gros sous. Ruy Blas, III, 5, Don Salluste Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 La gloire, astre tardif, lune sereine et sombre Qui se lève sur les tombeaux. Toute la lyre, les Sept Cordes Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. Fables, les Deux Aventuriers et le Talisman Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 La gloire ne peut être où la vertu n'est pas. Premières Méditations poétiques, l'Homme Valery Larbaud Vichy 1881-Vichy 1957 La gloire n'est qu'une des formes de l'indifférence humaine. Ce vice impuni, la lecture Gallimard Louis XIV, roi de France Saint-Germain-en-Laye 1638-Versailles 1715 La gloire n'est pas une maîtresse qu'on puisse jamais négliger, ni être digne de ses premières faveurs, si l'on n'en souhaite incessamment de nouvelles. Mémoires André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 La gloire trouve dans l'outrage son suprême éclat. Oraisons Funèbres, Le Corbusier Gallimard Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 Oui, j'aime mieux, n'en déplaise à la gloire, Vivre au monde deux jours que mille ans dans l'histoire. La Princesse d'Élide, I, 2, Moron Pierre Reverdy Narbonne 1889-Solesmes 1960 La gloire est un vêtement de lumière qui ne s'ajuste bien qu'aux mesures des morts. En vrac Éditions du Rocher Bernard Joseph Saurin Paris 1706-Paris 1781 Rien ne manque à sa gloire, il manquait à la nôtre. Sur le buste de Molière placé, en 1778, dans la salle de l'Académie française Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, dite Mme de Staël Paris 1766-Paris 1817 La gloire elle-même ne saurait être, pour une femme, qu'un deuil éclatant du bonheur. Corinne ou l'Italie Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 Les feux de l'aurore ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire. Réflexions et Maximes saint Ignace de Loyola château de Loyola, près d'Azpeitia, 1491-Rome 1556 Ne rien vouloir et ne rien chercher d'autre, sinon, en toutes choses et par tous les moyens, une plus grande louange et gloire de Dieu Notre Seigneur. Non volendo neque quaerendo quidquam aliud, nisi in omnibus et per omnia majorem laudem et gloriam Dei Domini Nostri. Exercices spirituels, 89 Commentaire On reconnaît une devise des Jésuites : « Ad majorem Dei gloriam » : pour une plus grande gloire de Dieu. Bible Les cieux racontent la gloire de Dieu et l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce. Ancien Testament, Psaumes XIX, 1 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Bible Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime ! Évangile selon saint Luc, II, 14 Commentaire Traduction traditionnelle et, paraît-il, erronée : « … aux hommes de bonne volonté ». Pietro Aretino, dit l'Arétin Arezzo 1492-Venise 1556 L'ambition est le fumier de la gloire. L'ambizione è lo sterco della gloria. Lettere Ugo Foscolo île de Zante 1778-Turnham Green, près de Londres, 1827 La gloire des grands hommes tient pour un quart à leur audace, pour deux quarts au hasard, pour le dernier quart à leurs crimes. La fama degli eroi spetta un quarto alla loro audacia ; due quarti alla sorte ; e l'altro quarto a' loro delitti. Ultime Lettere di Jacopo Ortis, 4 décembre 1798 Aleksandr Ivanovitch Kouprine Narovtchat, gouvernement de Penza, 1870-Leningrad 1938 La gloire et la renommée sont douces, surtout de loin, quand on en rêve ; dès qu'on les possède, on n'en sent plus que les épines. La Fosse aux filles, II, 2 William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Vaines pompes, gloires de ce monde, je vous hais ! Vain pomp and glory of this world, I hate ye. Henry VIII, III, 2, Wolsey Henry David Thoreau Concord, Massachusetts, 1817-Concord, Massachusetts, 1862 Plutôt que l'amour, que l'argent, que la gloire, Donnez-moi la vérité. Rather than love, than money, than fame, Give me truth. Walden, Conclusiongloire (expressions) nom féminin (latin gloria) À la gloire de quelqu'un, de quelque chose, se dit de paroles qui témoignent en leur honneur. Familier. Ce n'est pas la gloire !, c'est médiocre, c'est insuffisant. Faire la gloire de quelque chose, de quelqu'un, assurer sa réputation. Gloire à quelqu'un, quelque chose !, honneur leur soit rendu. Heure de gloire, période relativement brève de célébrité, de succès. Pour la gloire, sans profit matériel. Rendre gloire à quelqu'un, à quelque chose, témoigner de la valeur de quelque chose, manifester son admiration, sa vénération pour quelqu'un, leur rendre un éclatant hommage. S'attribuer toute la gloire de quelque chose, s'en donner tout le mérite alors que d'autres ont eu la plus grande part du travail, de l'exploit. Se faire gloire, tirer gloire de quelque chose, s'en vanter, en tirer vanité. ● gloire (synonymes) nom féminin (latin gloria) Renommée éclatante, célébrité, grand prestige dont jouit quelqu'un dans l'esprit...
Synonymes :
- notoriété
- renommée
Contraires :
- impopularité
- obscurité
Ce qui constitue l'occasion d'une légitime fierté, d'un orgueil justifié...
Synonymes :
- mérite
Contraires :
- démérite
- déshonneur
Personne illustre qui marque son époque, son pays, le groupe...
Synonymes :
- lumière
Littéraire. Splendeur, éclat de quelque chose
Synonymes :
Faire la gloire de quelque chose, de quelqu'un
Synonymes :
- éclat
- réputation

gloire
n. f.
d1./d Grande renommée, réputation illustre acquise par des actes remarquables. Se couvrir de gloire. La gloire militaire, littéraire.
|| Loc. Dire, publier qqch à la gloire de qqn, qqch qui exalte sa valeur, ses mérites.
Se faire gloire de, tirer gloire de: tirer vanité, fierté de.
Travailler pour la gloire, sans profit, pour le seul prestige.
d2./d Personne célèbre, illustre. Il est l'une des gloires de son pays.
d3./d éclat, splendeur. La gloire de Dieu. La cour royale dans toute sa gloire.
d4./d Honneur, hommage de respect. Rendre gloire à Dieu.
d5./d THEOL CHRET Béatitude des élus.

⇒GLOIRE, subst. fém.
I. A. — Célébrité éclatante due à des qualités ou des actions estimées d'un large public. Gloire durable, éclatante, immortelle, littéraire, militaire, naissante; gloire et honneur, amour de la gloire; heure, jour de gloire; être avide de gloire, être au sommet de la gloire, se couvrir de gloire. Le génie n'en veut qu'à la gloire, et la gloire ne jaillit que de l'opinion publique (STAËL, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 33). C'est la recherche de la notoriété que je veux dire : réputation, gloire, toute publicité suivie d'avantages flatteurs (BARRÈS, Barbares, 1888, p. 182) :
1. Saint-Sulpice doit son origine à un homme dont le nom n'est point arrivé à la grande célébrité; car la célébrité va rarement chercher ceux qui ont fait profession de fuir la gloire et dont la qualité dominante a été la modestie.
RENAN, Souv. enf., 1883, p. 200.
P. personnification [Avec une majuscule] Dégagé des liens terrestres et soutenu par la Vertu, le Génie parvient au séjour de la Gloire, son but suprême (DELACROIX, Journal, 1851, p. 440). Gloire distribuant des couronnes [titre d'une œuvre du peintre Paul Delaroche] (BOURGET, Essais psychol., 1883, p. 152).
1. Locutions
a) Loc. verb. Faire la gloire de qqn. Contribuer à la célébrité de quelqu'un. Des essais qui eussent fait la gloire des plus grands hommes de l'antiquité (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 312). Les immenses godasses qui firent la gloire de Charlot (LHOTE, Peint. d'abord, 1942, p. 24).
b) Locution subst. Pour la gloire. Pour rien. Synon. pour des prunes (fam.). Nous nous faisons du tourment pour la gloire (LA VARENDE, Homme aux gants, 1943, p. 364).
Travailler pour la gloire. Travailler de façon désintéressée, sans profit. (Ds DAVAU-COHEN 1972, Lar. Lang. fr.). Synon. travailler pour le roi de Prusse (fam.).
2. P. méton. Personne célèbre. Synon. célébrité. Un monument commémoratif des gloires de l'Empire (A. FRANCE, Bonnard, 1881, p. 395). Il y avait eu des gloires médicales, les grands noms lui revenaient, Hippocrate, Ambroise Paré, et tant d'autres (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 842). Les hautes gloires de la science et des lettres françaises (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 192).
B. — Vieilli. [Avec une valeur atténuée, parfois iron.] Réputation qui s'attache aux mérites, aux actes particulièrement estimables. Synon. honneur. Impossible que je quitte mon sambayon; il y va de ma gloire et de votre entremets (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 411).
C. — 1. Ce qui assure le renom (vrai ou imaginaire) de quelqu'un; source, motif de célébrité. Ce vieux cliché qu'on nous sort tous les ans : la sculpture est la gloire de la France (HUYSMANS, Art mod., 1883, p. 97).
2. Ce qui rend une personne digne d'estime. Synon. mérite. Sa gloire est d'avoir formé en M. Le Hir un élève qui, héritier de son vaste savoir, y joignit la connaissance des travaux modernes (RENAN, Souv. enf., 1883, p. 270). Une dizaine de critiques se disputèrent soudain la gloire d'avoir découvert son talent (CAMUS, Exil et Roy., 1957, p. 1627).
Loc. verb., vieilli. Faire gloire à qqn de qqc. Accorder à quelqu'un le mérite de quelque chose. Le patriotisme de l'ecclésiastique, son consentement à faire la guerre, sont des choses dont, très évidemment, les laïcs modernes lui font gloire (BENDA, Trahis. clercs, 1927, p. 269).
II. A. — [Idée que l'on se fait de sa propre gloire] Personne ou chose dont on est fier, satisfaction d'amour-propre. Synon. fierté. Yann était son aîné, son préféré, sa gloire (LOTI, Pêch. Isl., 1886, p. 314).
Loc. verb.
Mettre sa gloire à faire qqc. Mettre son point d'honneur à faire quelque chose. La tâche d'un écrivain est de concevoir les passions, puisqu'il met sa gloire à les exprimer (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 572). Un homme qui aurait dû mettre sa gloire à faire vite fortune (ZOLA, Pot-Bouille, 1882, p. 243).
Se faire, tirer gloire de qqc. Tirer une légitime fierté de quelque chose. J'ai été contre la guerre, et je m'en fais gloire (RENAN, Drames philos., 1888, p. 574).
B. — Péj. Orgueil exagéré. Synon. suffisance, vanité. Fausse, sotte, vaine gloire; avoir trop de gloire pour faire qqc. La gloire le perdra (Ac. 1798-1878).
Par gloire. Par ostentation. Ce n'est pas par gloire qu'il a dit cela, qu'il a fait cela (Ac. 1932).
Loc. verb. Se faire gloire de qqc. Se prévaloir avec ostentation de quelque chose. Synon. se targuer, se vanter de qqc. Voilà comment les Simion firent une grande et belle cure qui aurait honoré bien des docteurs. Mais étant gens sans bruit, ils ne songèrent même pas à en tirer gloire (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 73) :
2. Le responsable désigné lui disait avoir recruté dix, vingt, cinquante partisans, il ne les voyait jamais, c'eût été contraire aux règles de sécurité, l'autre pouvait aussi bien les avoir inventés de toutes pièces, par vantardise ou pour toucher des subsides, étaient-ce bien eux qui avaient fait le sabotage dont leur chef revendiquait le mérite? Il arrivait que plusieurs organisations se fissent gloire d'un même succès.
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 179.
III. A. — Grand éclat. Synon. prestige. Il [Xénophon] (...) diminue surtout la gloire de la victoire de Mantinée (MICHELET, Journal, 1820, p. 77). Rappelez-vous la formule finale du serment olympique : « ... pour l'honneur de notre pays et la gloire du sport » (J.-R. BLOCH, Dest. S., 1931, p. 129).
En partic., littér., domaine moral. Rayonnement. Synon. allégresse. Les deux amoureux s'en allaient triomphants, dans leur gloire (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 164).
B. — P. ext. Éclat qui s'attache à l'être extérieur, beauté éclatante. Synon. lustre, magnificence, splendeur. Théodore de Banville célèbre (...) la gloire et la beauté des choses dans des rythmes magnifiques et joyeux (LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 29). Catherine émergea du pyjama d'Alexis dans toute la gloire de ses seins ronds, de ses longues jambes lisses (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 172).
En partic. [P. réf. aux domaines relig. et B.-A. infra IV B] Grand rayonnement de lumière. La rive gauche, les îles, les édifices, se découpaient en une ligne noire, sur la gloire enflammée du couchant (ZOLA, Œuvre, 1886, p. 109). Un large bras de lac où la gloire du couchant doré se reflète (GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 838). V. aussi chair ex. 14.
Au plur., littér. Jeux de lumière. Il faisait une de ces belles matinées de printemps, alternées d'averses et de gloires ensoleillées (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 136).
C. — Sans gloire. Qui manque d'éclat; p. ext. qui est banal. Elle servait des viandes invariées dans des sauces sans gloire (HUYSMANS, Cathédr., 1898, p. 110). Des pauvres paroles sans gloire, mais du moins illuminées de charité (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 515). J'aime ce quartier sans gloire et sans pittoresque (ARNOUX, Rêv. policier amat., 1945, p. 238).
IV. — Emplois spéciaux
A. — RELIGION
1. Splendeur divine. Que la gloire de Dieu est immense (CLAUDEL, Annonce, 1948, IV, 2, p. 214). Tu célèbres la gloire de Dieu, tu chantes sa force et sa bonté (AYMÉ, Cléramb., 1950, I, 10, p. 65). Il n'y avait d'autre occupation raisonnable que de contempler à longueur de temps la gloire de Dieu (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 76) :
3. Je ne puis admettre, messieurs, que vous vous serviez, pour chanter la gloire de Dieu, d'un instrument qui a servi toute la semaine à faire danser des jeunes filles.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Nos Angl., 1885, p. 55.
Locutions
a) Rendre gloire à Dieu. Célébrer la splendeur divine. Synon. glorifier. La providence l'avait amenée là pour rendre gloire à Dieu et faire punir le crime (BALZAC, Méd. camp., 1833, p. 164).
P. ext. Rendre gloire à (suivi d'un compl. désignant un inanimé abstr.). Exalter. Rendre gloire à la vérité (Ac. 1932).
b) Gloire à Dieu. [Formule qui célèbre la splendeur divine] Gloire à Dieu qui a donné l'intelligence, l'amour, la force à ses enfants (LAMENNAIS, Paroles croyant, 1834, p. 129). Gloire au Très-Haut! Lui seul est éternel (LECONTE DE LISLE, Poèmes trag., 1886, p. 8). Mon Dieu, vous qui fîtes le ciel et la rosée (...). Gloire à vous dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (A. FRANCE, Bonnard, 1881, p. 485).
P. ext. Gloire à (suivi d'un compl. désignant une pers., un inanimé abstr.). [Formule d'hommage, d'admiration] Hommage, gloire et richesse à la vertu (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Rosier Mme Husson, 1887, p. 692). Gloire aux penseurs (GIRAUDOUX, Simon, 1926, p. 167). Gloire aux hommes de bonne volonté (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 395).
2. Élévation des élus à la splendeur divine, béatitude céleste. S'ils [le chamelier divin et le bon corroyeur, Aly, le saint d'Allah] vivent dans la gloire éternelle et sans voiles, Pour le monde orphelin ils sont morts tout entiers (LECONTE DE LISLE, Poèmes trag., 1886, p. 4). Thérèse propose à ses religieuses de gagner l'immortalité dans le ciel, la gloire éternelle, en accomplissant sur la terre des actions grandioses, des actions audacieuses et belles (BARRÈS, Cahiers, t. 12, 1919, p. 196) :
4. ... un ange vint lui expliquer cette vision de l'Assomption, qui devait être à la fois une faveur d'en haut pour la soutenir dans ses malheurs actuels, et un doux présage de la gloire que Dieu lui réservait, comme à Marie, si elle restait jusqu'à la fin fidèle et docile à sa volonté.
MONTALEMBERT, Ste Elisabeth, 1836, p. 174.
Séjour de gloire. Paradis. Il [Jésus] quittait la prison pour le séjour de gloire (PÉGUY, Myst. charité, 1910, p. 71).
3. Rayonnement de lumière accompagnant les apparitions célestes. Je voyais le Christ à la droite de son père, rayonnant d'une gloire immortelle (LAMENNAIS, Paroles croyant, 1834, p. 275) :
5. ... une lumière surnaturelle entr'ouvrit les nuées : au milieu d'une gloire, on aperçut une femme céleste portant un enfant dans ses bras, et calmant les flots par un sourire.
CHATEAUBR., Martyrs, t. 3, 1810, p. 120.
B. — BEAUX-ARTS
1. Auréole enveloppant le corps du Christ, dans certaines représentations artistiques. Christ en gloire. Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ (APOLLINAIRE, Alcools, 1913, p. 40) :
6. Le Crucifix se dresse, ineffablement doux,
Sur sa croix peinte en vert aux arêtes dorées,
Et la gloire d'or sombre en langues échancrées
Flue autour de la tête et des bras étendus...
VERLAINE, Œuvres compl., t. 2, Amour, 1888, p. 25.
a) P. ext. Auréole entourant la tête d'un personnage divin ou d'un saint. Synon. nimbe. Ces vierges byzantines que j'ai vues, avec leur gloire d'or (QUINET, All. et Ital., 1836, p. 30). Ces gloires munies de rayons, placées dans les églises, derrière l'occiput des Vierges (HUYSMANS, En mén., 1881, p. 59).
b) P. anal. Ce qui entoure la tête, la silhouette d'une sorte d'auréole. Synon. halo. Son visage le remplit [un voile blanc] de lumière, et la gaze dont elle semble se cacher lui fait une gloire qui l'illumine (TAINE, Notes Paris, 1867, p. 332).
2. Faisceaux de rayons divergents d'un triangle symbolisant la Trinité ou d'un ovale contenant la colombe du Saint-Esprit ou l'image d'un saint. La gloire du Bernin. On appelle gloire un amas de rayons dorés. Cet ornement, qui environne l'hostie consacrée dans un ostensoir, est une gloire (STENDHAL, Prom. ds Rome, t. 1, 1829, p. 142). Brûlant comme une gloire de tabernacle (ZOLA, Rêve, 1888, p. 53). À la manière du triangle doré des gloires dans une église de campagne (JOUHANDEAU, M. Godeau, 1926, p. 186).
3. Représentation picturale d'un ciel peuplé d'anges et de saints. Peindre des gloires; une gloire du Tintoret, du Titien; la gloire du Val-de-Grâce. Au milieu du premier étage, le recouvrant presque en entier, démesurément grande, une gloire rayonnait, avec, au centre, la tête de saint Jean-Baptiste, portée par les anges (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 58) :
7. Le comble du luxe ecclésiastique était de suspendre sur le maître autel ces « gloires » qui explosent, projetant des rayons dorés parmi des nuages ronds, où volètent des têtes ailées de gros bébés.
HOURTICQ, Hist. Art, Fr., 1914, p. 285.
C. — THÉÂTRE. Élément du décor théâtral consistant en une machine suspendue et entourée de nuages artificiels permettant d'évoquer les apparitions célestes. Descendre dans une gloire (Ac. 1835-1932). La chimère se dressa, ouvrit les ailes et lentement monta dans une gloire électrique (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 219) :
8. Le critique incisif et plein de verve qui passe tous les huit jours sa plume de fer à travers les gloires en carton du théâtre, les actrices en bois, et les pièces en patois...
GONCOURT, Ch. Demailly, 1860, p. 118.
REM. 1. Gloriette, subst. fém., vx, rare. Gloire de peu d'importance. Nous ne savons pas si nos gloriettes ne sont pas des affaires de mode, et il n'y a rien de plus affreux que de se voir le revenant de sa propre gloire (BALZAC, Corresp., 1835, p. 759). 2. Gloriomanie, subst. fém., péj. [Correspond à I B supra] Manie de la gloire. Je ne te gronde point dans cette lettre sur ta gloriomanie : c'est une maladie comme la fièvre jaune ou la pleurésie (J. DE MAISTRE, Corresp., 1810, p. 500). V. gloriette ex. 1.
Prononc. et Orth. : []. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1050 glorie « béatitude céleste » (Alexis, éd. Chr. Storey, 295); 1622 terme de peint. (R. FRANÇOIS [E. BINET], Essay des merveilles de nature, p. 312); 2. 1130-40 « renommée, célébrité » (WACE, Conception Notre-Dame, éd. W.R. Ashford, 1053); 1639 « personne célèbre » (ROTR., Antig., II, 2 ds LITTRÉ); 3. fin XIIe s. vaine glorie « présomption, vanité » (Vie d'Edouard le Confesseur, 52 ds T.-L.); 4. ca 1160 « éclat, lustre, magnificence » (Eneas, 4645, ibid.). Empr. au lat. gloria « renom, réputation; désir de la gloire », spéc. « majesté, splendeur (de Dieu); béatitude éternelle (de Dieu et des élus); palme du martyre; honneur, glorification » en lat. chrétien. Fréq. abs. littér. : 8 987. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 19 823, b) 10 947; XXe s. : a) 12 171, b) 8 117. Bbg. BARBER (W.H.). Patriotisme and Gloire in Corneille's Horace. Mod. Lang. R. 1951, t. 46, pp. 368-378. - BUCKLIN (L.B.). Gloria. Nueva Revista de Filología Hispánica. 1954, t. 8, pp. 71-77. - GOUGENHEIM (G.). La Relatinisation du vocab. fr. Annales de l'Univ. de Paris. 1959, pp. 8-10. - JOUKOVSKY (F.). La Gloire ds la poésie fr. et néo-latine du 16e s. Genève-Paris, 1969, 637 p. - JOUKOVSKY-MICHA (F.). La Notion de vaine gloire de Simund de Freine à Martin Le Franc. Romania. 1968, t. 89, pp. 1-30. - KELL (B.). Die Bedeutung des Wortes gloire bei der Plejade. Diss. Würzburg, 1947, 135 p. - KUEHN (E.). The Functioning ambivalence of la gloire in Bossuet's Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre. Romance Notes. 1971, t. 12, pp. 377-380. - LIDA DE MALKIEL (M.R.). L'Idée de gloire ds la tradition occ. Paris, 1968, 310 p. - NADAL (O.). Le Sentiment de l'amour ds l'œuvre de P. Corneille. Paris, 1948, pp. 299-315.

gloire [glwaʀ] n. f.
ÉTYM. 1080; glorie, v. 1050, au sens relig.; sens mondain, XIIe; du lat. gloria. → Glorieux.
———
I
1 Célébrité, renommée répandue dans un très vaste public, tenant à des mérites, des actions ou des œuvres jugées remarquables. Célébrité, éclat (II., 3.), honneur, illustration, lustre, rayonnement, renom, renommée, réputation. || L'honneur vaut mieux que la gloire (→ Considération, cit. 6). || Amour, désir, passion de la gloire. Ambition. || Rechercher la gloire, courir après la gloire. || Être altéré (cit. 19), avide (cit. 12) de gloire. || Aspirer (cit. 9) à la gloire. || Avoir besoin (cit. 59) de gloire. || Âmes (cit. 72) éprises de gloire. || Adorer, déifier la gloire (→ Fléau, cit. 4). || Acquérir (cit. 11) de la gloire (→ Arrondir, cit. 3). || S'élever dans la gloire. Capitole (monter au capitole; vx). || L'apogée (cit. 1), le comble, le faîte, le sommet, le zénith de la gloire. || Remporter le prix de la gloire (→ Exploit, cit. 4). || Recueillir une ample (cit. 5) moisson de gloire (→ Cueillir les lauriers).REM. La plupart de ces syntagmes sont littéraires ou légèrement archaïques. — Cour. || Se couvrir de gloire. Célèbre, fameux, glorieux. || Être en pleine gloire, auréolé (cit. 5) de gloire. Briller. || Mourir en pleine gloire. || Gloire solide, durable, éternelle, immarcescible, immortelle ( Immortalité). || La vraie gloire (→ Copie, cit. 13). || Fausse gloire (→ Évaporer, cit. 6).La gloire étourdit (cit. 7), enivre (cit. 7, 12, 14 et 15). || Accoutumer un peuple à la gloire (→ Arc, cit. 17). || Poète qui chante (cit. 19) la gloire. || Mépriser la gloire (→ Éloge, cit. 9; état, cit. 56). || Dire adieu (cit. 13) à la gloire. || Vanité de la gloire (→ Amusement, cit. 5). || La gloire passe, s'efface (cit. 25). || Le succès, « imitation frelatée (cit. 5) de la gloire ». || Qu'importe la gloire ? (→ Embaumer, cit. 1).La gloire de qqn, sa gloire. || La gloire des grands hommes, des héros, des conquérants (cit. 1). || La gloire d'un prince (→ Expérience, cit. 14). || La gloire de Salomon (→ Arroi, cit. 2). || Roi qui étend (cit. 22) sa gloire (→ Enfler, cit. 12). || Sa gloire en sera augmentée, diminuée (cit. 13). || Sa gloire éclipse (cit. 4) celle des autres. || Être embarrassé (cit. 24) de sa gloire. || Célébrer, vanter la gloire de qqn. Exalter (cit. 5), glorifier. || Sa gloire va périr (→ Âme, cit. 31). || Ternir sa gloire (→ Faveur, cit. 8). || Transmettre sa gloire à la postérité ( Nom, renom; → Épitaphe, cit. 3). || La gloire naissante, déclinante de qqn.Personnification de cette renommée. || La gloire, la Gloire (cit. 28), représentée sous l'apparence d'une femme ailée, tenant la trompette de la Renommée et une branche de lauriers ( Renommée). || Lauriers, myrtes, palmes, attributs de la gloire. || Les ailes (cit. 12) de la gloire. || Premiers regards de la gloire (→ Aurore, cit. 7). || Courtiser la gloire. || Amant (cit. 4) de la gloire.
1 Cherche un renom qui les âges surmonte,
Un bruit qui dure, une gloire qui monte
Jusqu'aux neveux (…)
Ronsard, Pièces posthumes, Caprice.
2 Qui ne contrechange (échange) volontiers la santé, le repos et la vie à la réputation et à la gloire, la plus inutile, vaine et fausse monnaie qui soit à notre usage ?
Montaigne, Essais, I, XXXIX.
3 La gloire est plus solide après la calomnie,
Et brille d'autant mieux qu'elle s'en vit ternie.
Corneille, Nicomède, IV, 1.
4 La gloire des grands hommes se doit toujours mesurer aux moyens dont ils se sont servis pour l'acquérir.
La Rochefoucauld, Maximes, 157.
5 Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
La Fontaine, Fables, X, 13.
6 La douceur de la gloire est si grande, qu'à quelque objet qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime.
Pascal, Pensées, II, 158.
7 La plus grande bassesse de l'homme est la recherche de la gloire, mais c'est cela même qui est la plus grande marque de son excellence (…) car, quelque possession qu'il ait sur la terre, quelque santé et commodité essentielle qu'il ait, il n'est pas satisfait, s'il n'est dans l'estime des hommes.
Pascal, Pensées, VI, 404.
8 La grandeur et la gloire ! Pouvons-nous encore entendre ces noms dans ce triomphe de la mort ? Non, Messieurs, je ne puis plus soutenir ces grandes paroles, par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même pour ne pas apercevoir son néant.
Bossuet, Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans.
9 Ô Pisistrate, la gloire est belle (…) heureux ceux qui la savent trouver, mais qu'il est pernicieux de la vouloir trouver où elle n'est pas !
Fénelon, Dialogue des morts, XI, Solon, Pisistrate.
10 La gloire est la réputation jointe à l'estime (…) elle est au comble, quand l'admiration s'y joint.
Voltaire, Dict. philosophique, Gloire.
11 L'on sait assez que la gloire ne rend pas un homme plus grand (…) personne ne nie cela (…) mais, du moins, elle l'assure de sa grandeur, elle voile sa misère, elle rassasie son âme, enfin elle le rend heureux.
Vauvenargues, Maximes et réflexions, Introd.
12 La gloire est la preuve de la vertu.
Vauvenargues, Maximes et réflexions, 413.
13 L'amour de la gloire, une vertu ! Étrange vertu, que celle qui se fait aider par l'action de tous les vices (…) qui reçoit pour stimulants l'orgueil, l'ambition, l'envie, la vanité, quelquefois l'avarice même !
Chamfort, Maximes et pensées, Sur les sentiments, IV.
14 Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé.
Rouget de Lisle, la Marseillaise.
15 La gloire n'est jamais où la vertu n'est pas.
Lefranc de Pompignan, Didon, IV, 3.
16 La gloire ne peut être où la vertu n'est pas.
Lamartine, Premières méditations, « L'homme ».
17 Mais le temps ? — Il n'est plus. — Mais la gloire ? — Hé qu'importe
Cet écho d'un vain son qu'un siècle au siècle apporte,
Ce nom, brillant jouet de la postérité !
Lamartine, Nouvelles méditations, « Le poète mourant ».
18 (…) dans les arts on peut bien avoir du mérite ailleurs, mais ce n'est qu'à Paris qu'on se fait de la gloire.
Stendhal, Romans et nouvelles, « Le rose et le vert », I.
19 La gloire, après la mort, ne se sent probablement pas (…) dans la vie, elle se sent bien peu.
A. de Vigny, Journal d'un poète, p. 97.
20 Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie (…) Toute gloire près d'eux passe et tombe éphémère (…)
Hugo, les Chants du crépuscule, III.
21 La gloire est le soleil des morts (…)
Balzac, la Recherche de l'absolu, Pl., t. IX, p. 579.
22 (…) ce qu'il faut nommer, selon les talents, la vogue, la mode, la réputation, la renommée, la célébrité, la faveur publique, ces différents échelons qui mènent à la gloire, et qui ne la remplacent jamais.
Balzac, Illusions perdues, Pl., t. IV, p. 680.
23 Sa gloire naissante, renforcée chaque mois de nouveaux rayons, brillait de toutes les splendeurs de l'aurore (…)
Th. Gautier, Portraits contemporains, Balzac, I, p. 46.
24 Un jour (…) tu m'as dit « que tu ne donnerais pas ton bonheur pour la gloire de Corneille » (…) La gloire ! la gloire ! mais qu'est-ce que c'est que la gloire ! Ce n'est rien. C'est le bruit extérieur du plaisir que l'Art nous donne.
Flaubert, Correspondance, 210, 1847.
25 (…) la gloire, qui est encore, quoi que l'on dise, ce qui a le plus de chance de n'être pas tout à fait une vanité.
Renan, Discours et conférences, Disc. de récept. à l'Acad.
26 (…) la célébrité va rarement chercher ceux qui ont fait profession de fuir la gloire et dont la qualité dominante a été la modestie.
Renan, Souvenirs d'enfance…, IV, I.
27 Bref, nous constatons et affirmons que plus une œuvre dramatique secoue la torpeur publique, provoque d'enthousiasmes, enlève d'applaudissements et fait de bruit autour d'elle, plus les lauriers et les myrtes l'environnent, plus elle fait répandre de larmes et pousser d'éclats de rire, plus elle exerce — pour ainsi dire de force — une action sur la foule, plus elle s'impose, enfin, — plus elle réunit par cela même les symptômes ordinaires du chef-d'œuvre, et plus elle mérite, par conséquent, la gloire. Nier cela serait nier l'évidence.
Villiers de l'Isle-Adam, Contes cruels, « Machine à gloire », p. 62.
28 — Napoléon, monsieur le Vidame, eut une autre femme que Joséphine et que Marie-Louise. Cette compagne, vous ne la connaissez pas et moi je l'ai vue de près (…) elle porte un manteau d'azur constellé d'étoiles, elle est couronnée de lauriers (…) la croix d'honneur brille sur sa poitrine (…) elle se nomme la Gloire.
France, le Crime de S. Bonnard, Œ., t. II, p. 398.
29 C'était le succès (…) mon nom, dans la presse, s'entourait déjà de ce ridicule qui précède ce que notre époque qui n'est pas difficile appelle la gloire.
Valery Larbaud, Barnabooth, III, Journal, p. 345.
30 Il va vivre d'abord pour la volupté, la richesse, la splendeur, en attendant de vivre pour la gloire (…)
Louis Bertrand, Louis XIV, II, IV.
31 Je ne sais pas si j'aime la gloire, j'aime les foules qui piétinent, les trompettes, les oriflammes qui claquent, les palmes qu'on agite, le soleil, l'or, la pourpre, le bonheur, la chance, vivre enfin.
Cocteau, la Machine infernale, p. 104.
Allus. littér. || « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (Corneille, le Cid, II, 2).aussi Atour, cit. 7 (Molière).
Il aspire à toutes les gloires, à tous les genres de gloire (Académie). || La gloire littéraire, militaire. || La gloire des armes (cit. 19; → aussi Entraînement, cit. 4). || La gloire du triomphe : la gloire que le triomphe procure.
La gloire de : honneur acquis par une action, un mérite… Honneur. || Il eut la gloire de… (→ Amorce, cit. 6; art., cit. 24). || S'attribuer (cit. 19) toute la gloire de qqch., d'une action. Mérite. || Sa gloire, sa plus grande gloire a été de… (→ Emparer, cit. 3; écrire, cit. 47; épisode, cit. 6; exclusivement, cit. 2). || C'est une des gloires du christianisme de…, un des titres de gloire (→ Asile, cit. 23). || Refuser la gloire (→ Corps, cit. 36), partager la gloire de… (→ Bord, cit. 18; dominer, cit. 2).
32 La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs (…) et les philosophes mêmes en veulent (…) et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit (…) et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire d'avoir lu (…) et moi qui écris ceci, ai peut-être cette envie (…)
Pascal, Pensées, II, 150.
33 Ceux qui écrivent en faveur de la gloire veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ici, je me vante d'avoir cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
Lautréamont, les Chants de Maldoror, p. 303.
34 (…) c'est le bonheur de vivre
Qui fait la gloire de mourir.
Hugo, Odes et Ballades, IV, IV, 1.
Se faire gloire de… : se vanter d'une chose, en tirer orgueil, fierté. || Non seulement il reconnaît le fait, mais il s'en fait gloire (→ Bûcheur, cit.; exercice, cit. 23). || Se faire gloire d'une mauvaise action.
35 Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle De séduire le cœur d'une faible mortelle.
Racine, Phèdre, II, 5.
À la gloire de… || Dire, publier qqch. à la gloire de qqn, faire connaître qqch. qui lui fait gloire, honneur. || Poème à la gloire de… Éloge.
36 (…) il faut dire à sa gloire, que si jamais homme a été capable de soutenir un si vaste empire (…) ç'a été sans doute Alexandre (…)
Bossuet, Hist., III, 5, in Littré.
(En parlant de choses). Ce dont (qqn, un groupe) peut s'enorgueillir. || La gloire de son nom, de son pays, qui s'attache à son nom, à son pays. || Moines qui écrivent pour la gloire de leur ordre (→ Couvent, cit. 2).Cette mode eut son heure de gloire (→ 2. Cancan, cit. 1).Les deux gloires de la femme, sa poitrine (cit. 16) et son ventre.Assortiment (cit. 7) qui fait la gloire d'un magasin.|| L'homme, « gloire et rebut de l'univers » (Pascal; → Chaos, cit. 4).
37 (…) la gloire de son nom et de ses actions immortelles (de Condé).
Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le Tellier.
38 C'est notre patrie qui a la gloire d'avoir inventé la navigation (…)
Fénelon, Télémaque, III.
2 Vx (sens fréquent au XVIIe). Considération, estime, honneur, réputation (→ Exciter, cit. 20, Racine). || Élever, abaisser (cit. 11) la gloire de qqn. || Être content, mécontent de sa gloire (→ Bien, cit. 64). || S'élever à quelque gloire (→ Corbeau, cit. 6).
39 Un même coup a mis ma gloire en sûreté
Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté.
Corneille, le Cid, V, 5.
40 (…) alors ne voyant que la gloire de la dame dont nous parlions, je répondis sur le champ (…)
Marivaux, le Paysan parvenu, VII.
Loc. mod. Pour la gloire : pour l'honneur. || Je n'y ai aucun intérêt, je fais cela pour la gloire.
3 Vx. Orgueil; amour-propre, fierté. || « Il y a une sotte gloire et une belle gloire » (Richelet).
Péj. Gloriole, superbe, vanité. || Être plein de gloire ( Glorieux).Mod. (littér.). || Faire une chose par gloire, par ostentation.
41 Ce sont ces mauvaises gens de Chevoche qui sont toujours prêtes à faire n'importe quoi. Par gloire, pour braver le monde !
Claudel, l'Annonce faite à Marie, I, 3.
4 (1639). Par métonymie. (Une, des gloires). Personne célèbre. Célébrité. || Il fut une des gloires de son pays, de son siècle. Fleuron, ornement. || Gloires reconnues (→ Correspondre, cit. 4). || Une gloire consacrée, une fausse gloire.
42 Songe à ton avenir qui veut écraser tant d'orgueils ridicules et faire oublier tant de gloires présentes.
G. Sand, Lettres à Musset, p. 26.
———
II
1 (V. 1160). Vx ou littér. Éclat prestigieux dont la grandeur est environnée. Éclat, lustre, rayonnement, splendeur. || La gloire du maître du monde. || La gloire de Carthage, de Rome (→ Anachronisme, cit. 2; catacombe, cit. 2). || La fierté d'une gloire ancienne (→ Bibelot, cit. 2). || La nostalgie de la gloire passée. || Plusieurs siècles de gloire (→ Consacrer, cit. 9). || Apporter à un pays un peu de gloire, un regain de gloire (→ Ère, cit. 6).REM. Gloire s'employait fréquemment au XVIIe s. au sens de « magnificence », d'« éclat majestueux ».
43 Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.
Racine, Athalie, II, 7.
44 Je souhaitais qu'on vous vit dans votre gloire, au moins votre gloire de campagne, car celle d'Aix est encore plus grande.
Mme de Sévigné, 582, in Littré.
45 (…) elle fut contrainte (…) d'étaler (…) à la France même et au Louvre, où elle était née avec tant de gloire, toute l'étendue de sa misère.
Bossuet, Oraison funèbre de la Reine d'Angleterre.
46 (…) il vaudrait mieux (…) qu'elle (Troie) fût encore dans toute sa gloire (…)
Fénelon, Télémaque, X.
2 Relig. Splendeur des manifestations divines. || La gloire de Dieu. Majesté, splendeur (→ Appartenir, cit. 20; ciel, cit. 4; communiquer, cit. 6). || L'éclat de la gloire divine (→ Expression, cit. 47). || Célébrer (cit. 7) la gloire de Dieu. || Pour la plus grande gloire de Dieu. Ad majorem Dei gloriam.
47 Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire (…)
Voltaire, Zaïre, II, 3.
« La splendeur dont Dieu s'environne quand il se manifeste » (Littré). || Trône de gloire (→ Asseoir, cit. 25; brebis, cit. 4).
48 Je vis paraître en ce même lieu la gloire du Dieu d'Israël, selon la vision que j'avais eue dans le champ (…)
Bible (Sacy), Ézéchiel, VIII, 4.
Par anal. || « Le roi brillant du jour descendant dans sa gloire… » (→ Brillant, cit. 4, Lamartine, et aussi esprit, cit. 34).
3 Gloire à : hommages rendus à (la divinité). || Gloire à Dieu… Gloria.
49 Au même instant, il se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Bible, Évangile selon saint Luc, II, 13-14.
Par ext. Hommage de respect, d'admiration. || Gloire au marquis de Carabas ! (→ Bas, cit. 75).
50 Gloire à notre France éternelle !
Hugo, les Chants du crépuscule, III (→ Fort, cit. 80).
Loc. Rendre gloire à… || Rendre gloire à Dieu (→ Armée, cit. 1), à l'Éternel, au Tout-Puissant. || Rendre gloire à qqn. Autel (élever des autels à).Fig. || Rendre gloire à la vérité, à la justice. Témoignage.
51 (…) si quelque orthodoxe ou hétérodoxe m'accusait d'avoir la moindre part à l'article Genève, je vous supplie instamment de rendre gloire à la vérité. J'ai appris le dernier toute cette affaire.
Voltaire, Lettres à Vernes, 1521, 29 déc. 1757.
4 Théol. La béatitude des élus. || Élévation à la gloire. Glorification, sainteté.Le séjour de gloire, la ville de gloire : le paradis (→ Bond, cit. 8). || La gloire céleste, éternelle, ultime (→ Envisager, cit. 10; espérance, cit. 27; esprit, cit. 52). || Couronne de gloire.Par ext. || Avènement (cit. 1) de gloire (Pascal).
5 a (1622). Arts. Auréole enveloppant le corps du Christ (différent du nimbe). || Représenter le Christ dans une gloire.Loc. En gloire : représenté dans une gloire. || Christ en gloire au tympan d'une église romane.
Représentation picturale du ciel, avec des anges et des saints. || La « Gloire de Venise » du Tintoret. || La « Gloire du Val-de-Grâce » (de Mignard), poème de Molière.Faisceau de rayons divergents d'un triangle représentant la Trinité. || La gloire est un motif décoratif fréquent dans les églises de style jésuite (XVIIe et XVIIIe siècles).
b Fig. et littér. Auréole, nimbe; splendeur.
52 (…) et là-bas, au lointain, nous voyons le troupeau s'avancer dans une gloire de poussière.
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, Installation.
53 Soleils couchants derrière les ports ! gloires incomparables des cités maritimes, calme du ciel, pourpre des eaux, sur quelle âme bruyante de douleur ou de joie ne jetteriez-vous pas le silence !
Pierre Louÿs, Aphrodite, II, II.
54 Si peu élevée que soit la dune, on domine un large bras de lac où la gloire du couchant doré se reflète.
Gide, Voyage au Congo, in Souvenirs, Pl., p. 838.
c (1868, in Année sc. et industr. 1869, p. 15). Astron. Nimbe lumineux entourant le soleil lors d'une éclipse totale. aussi Halo.
d Théâtre. Dans les pièces féeriques, « Machine suspendue… sur laquelle se placent les personnages surhumains qui doivent descendre du ciel ou y monter. » (Académie).
CONTR. Déshonneur, 2. flétrissure, honte, humiliation, ignominie, infamie, obscurité, opprobre, turpitude.
DÉR. (Du lat. gloria) V.  Gloriette, glorieux, glorification, glorifier, gloriole.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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